Présenté au Consumer Electronics Show de Las Vegas en janvier 1991, puis commercialisé au cours de la même année, le Commodore CDTV, pour « Commodore Dynamic Total Vision », représente une tentative ambitieuse du constructeur américain pour faire entrer le multimédia dans les salons. Contrairement aux ordinateurs traditionnels de la marque, il prend la forme d'un appareil noir rappelant un lecteur CD de chaîne hi-fi et se pilote principalement à l'aide d'une télécommande infrarouge. Sous cette apparence inhabituelle se cache pourtant une architecture très proche de celle de l'Amiga 500, avec un processeur Motorola 68000, 1 Mo de mémoire vive et les capacités graphiques et sonores qui ont contribué au succès de la famille Amiga. Le CDTV intègre un lecteur CD-ROM simple vitesse utilisant des disques placés dans un boîtier de protection, et peut également lire des CD audio ainsi que des CD+G associant musique et images. À une époque où les ordinateurs familiaux utilisent encore largement les disquettes, la capacité de stockage du CD-ROM ouvre de nouvelles possibilités pour les encyclopédies, les logiciels éducatifs, les illustrations numérisées et les bandes sonores. Commodore choisit cependant de présenter le CDTV comme un appareil multimédia grand public plutôt que comme un ordinateur Amiga, afin de séduire des utilisateurs peu familiers avec l'informatique. Il est pourtant possible de lui ajouter un clavier, une souris et un lecteur de disquettes pour retrouver une grande partie des fonctions d'un Amiga 500. Cette particularité constitue l'une des anecdotes les plus intéressantes de la machine : derrière son apparence d'équipement audiovisuel se trouve un véritable ordinateur, dont les possibilités sont en partie dissimulées par sa présentation commerciale. Malgré son originalité, le CDTV souffre d'un prix élevé, d'un positionnement difficile à comprendre et d'une concurrence naissante avec d'autres appareils multimédias, notamment le Philips CD-i. Son succès commercial reste limité et Commodore abandonne progressivement cette formule avant de revenir au jeu sur CD-ROM avec l'Amiga CD32 en 1993.
Le catalogue du Commodore CDTV reflète cette ambition de réunir divertissement, culture et informatique. Il comprend des encyclopédies interactives, des atlas, des programmes éducatifs et des applications musicales, mais aussi des jeux adaptés de l'Amiga. Des titres comme SimCity, Lemmings, Battle Chess, Defender of the Crown, Turrican ou Wrath of the Demon illustrent les différentes approches des éditeurs : certains profitent du CD-ROM pour enrichir les musiques, les voix ou les séquences de présentation, tandis que d'autres restent très proches de leurs versions sur disquettes. Des productions comme The Case of the Cautious Condor ou Sherlock Holmes: Consulting Detective explorent davantage les possibilités narratives et audiovisuelles du nouveau support. En France, des logiciels comme Ordicode, consacré à l'apprentissage du code de la route, ou LTV English, destiné à l'apprentissage de l'anglais, témoignent de la volonté de proposer autre chose que des jeux vidéo. Toutefois, la télécommande se révèle moins pratique qu'une souris ou qu'une manette pour certains titres, et l'absence de clavier et de lecteur de disquettes dans l'équipement de base limite les usages habituels d'un ordinateur Amiga. La presse spécialisée accueille donc la machine avec curiosité, mais aussi avec prudence : le magazine français Joystick souligne dès 1991 l'intérêt du concept tout en s'interrogeant sur la qualité et la diversité des logiciels disponibles. Le CDTV souffre également de la comparaison avec les Amiga classiques, souvent plus intéressants pour les joueurs qui possèdent déjà une importante collection de jeux sur disquettes. Malgré son échec commercial, il occupe une place particulière dans l'histoire du jeu vidéo et du multimédia. Il annonce l'importance croissante du CD-ROM dans les années 1990 et illustre les premières tentatives de réunir ordinateur, console, musique et contenus interactifs dans un même appareil de salon.
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